Engager des travaux sur un mur mitoyen revient à intervenir sur un ouvrage qui appartient aux deux voisins. Vous possédez une maison de ville accolée ou un pavillon, par exemple dans le Val-de-Marne, et vous envisagez une extension côté jardin, une surélévation, une rénovation lourde ou une démolition-reconstruction contre ce mur ? La question n’est pas seulement technique. Le risque principal est un litige de voisinage autour d’une fissure dont personne ne sait plus si elle existait avant le chantier. Cet article vous guide dans l’ordre : constat de l’existant, nature du mur, conditions juridiques du projet, accès au terrain voisin et check-list.
À retenir
- Vérifiez si le mur est mitoyen ou privatif, à partir de vos titres de propriété et des signes matériels.
- L’accord écrit du voisin est nécessaire dès que votre ouvrage s’appuie sur le mur mitoyen ou y est encastré (article 662 du Code civil).
- Faites constater l’état de la maison voisine avant le début du chantier.
- Encadrez par écrit tout passage sur le terrain voisin, au titre de la servitude de tour d’échelle.
Faire constater l’existant avant le premier coup de pioche
La plupart des conflits après un chantier portent sur des fissures dont l’origine est discutée. Pour les trancher, il faut une description datée de la situation avant les travaux. Depuis la fusion du 1er juillet 2022, on ne parle plus d’huissier de justice mais de commissaire de justice, une profession qui regroupe aussi les anciens commissaires-priseurs judiciaires. C’est lui qui établit ce type de constat.
Un état des lieux avant travaux par un commissaire de justice décrit, photos à l’appui, les fissures et les défauts déjà présents chez le voisin.
Le constat porte sur l’état des murs, des plafonds et des sols chez le voisin, en particulier du côté du mur mitoyen. Il sert de preuve si un désordre est ensuite attribué aux travaux : la comparaison entre l’état initial et l’état après le chantier permet de distinguer l’existant des dommages nouveaux.
Cette précaution compte d’autant plus que le propriétaire qui fait réaliser des travaux répond des troubles anormaux de voisinage qu’ils causent (Code civil, article 1253, issu de la loi du 15 avril 2024). Sans constat préalable, la discussion sur l’antériorité d’une fissure peut durer longtemps.

Le mur est-il vraiment mitoyen ?
Un mur est mitoyen lorsqu’il sépare deux propriétés appartenant à des propriétaires différents et qu’il appartient aux deux. La mitoyenneté se prouve par les titres de propriété, par un accord publié au service de la publicité foncière, ou par un usage continu de 30 ans.
Certains signes matériels renseignent aussi. Une seule pente au sommet du mur, ou un chaperon d’un seul côté, indiquent au contraire un mur privatif.
Avant d’adosser une extension ou de surélever, savoir si le mur est mitoyen ou privatif est indispensable : les règles de décision et de partage des frais ne sont pas les mêmes.
Ce que votre projet peut faire, et à quelles conditions
Selon la nature des travaux, les règles diffèrent. Voici les quatre situations les plus courantes.
Appuyer ou encastrer une extension dans le mur mitoyen
L’article 662 du Code civil est clair : l’un des voisins ne peut pratiquer dans le corps d’un mur mitoyen aucun enfoncement, ni y appliquer ou appuyer aucun ouvrage, sans le consentement de l’autre. À son refus, les moyens nécessaires pour que le nouvel ouvrage ne nuise pas à ses droits sont réglés par des experts.
Réparations et partage des frais
Les réparations d’un mur mitoyen se décident d’un commun accord, sauf urgence. Celui qui fait des travaux sans l’accord du voisin, hors urgence, en supporte seul le coût. Les deux propriétaires partagent les frais d’entretien à proportion de leurs droits sur le mur.
Ouvertures dans un mur mitoyen
Une ouverture, qu’il s’agisse d’une fenêtre ou d’un jour, est interdite dans un mur mitoyen sans l’accord explicite du voisin. Le fait que le voisin ait été informé du projet sans s’y opposer ne vaut pas accord.
Surélévation du mur mitoyen
Un propriétaire peut rehausser un mur mitoyen en respectant les règles d’urbanisme. S’il faut reconstruire le mur parce qu’il n’est pas assez solide, celui qui demande la surélévation paie seul. L’accord du voisin est nécessaire si la surélévation s’appuie sur le mur mitoyen ; il peut être oral, mais un écrit est recommandé.
Passer chez le voisin pendant le chantier
La servitude de tour d’échelle permet de passer sur le terrain voisin pour réaliser des travaux, à trois conditions : les travaux sont indispensables, il n’existe pas d’autre moyen de les faire depuis chez soi, et l’occupation reste temporaire.
Un accord écrit précise la durée, les dates et les horaires, la zone de passage et la remise en état. Une indemnité peut être négociée avec le voisin.
En cas de refus, il faut d’abord tenter une conciliation, avec un conciliateur de justice (gratuit), un médiateur (payant) ou une procédure participative, avant de saisir le juge.
La check-list avant le chantier
- Nature du mur vérifiée dans les titres de propriété.
- Accord écrit du voisin sur les travaux et, le cas échéant, sur le partage des frais.
- Constat de l’existant chez le voisin par un commissaire de justice.
- Accord écrit pour l’accès au terrain voisin : durée, horaires, zone, remise en état.
- Règles d’urbanisme vérifiées.
- Archivage des courriers, constats et plans signés.
FAQ
Peut-on percer ou encastrer dans un mur mitoyen sans autorisation ?
Non. L’article 662 du Code civil impose le consentement du voisin pour tout enfoncement ou ouvrage appuyé dans le corps d’un mur mitoyen. À défaut d’accord, les moyens nécessaires sont réglés par des experts.
Que faire si des fissures apparaissent chez le voisin après les travaux ?
Le propriétaire qui fait réaliser les travaux répond des troubles anormaux de voisinage qu’ils causent. Comparez l’état actuel avec le constat établi avant le chantier, prévenez votre assureur et cherchez d’abord un accord amiable sur la réparation.
Que faire si le voisin refuse l’accès à son terrain pour le chantier ?
La servitude de tour d’échelle suppose des travaux indispensables, sans autre solution possible et pour une occupation temporaire. En cas de refus, tentez une conciliation avant de saisir le juge.
Conclusion
La réussite d’une extension ou d’une surélévation contre un mur mitoyen se joue avant le chantier. Vérifier la nature du mur, faire constater l’existant chez le voisin, obtenir son accord écrit pour les travaux et pour l’accès à son terrain : ces précautions prennent un peu de temps, mais elles évitent bien des conflits de voisinage.



