Dans un immeuble ancien, on entend la télévision d’à côté, les pas de l’étage du dessus, parfois l’eau qui descend dans une colonne. Certains de ces bruits se réduisent depuis son propre logement. D’autres tiennent à la structure du bâtiment, ou au voisin lui-même, et aucun chantier chez soi n’en viendra à bout. Avant de payer des travaux, mieux vaut savoir de quel côté se trouve le problème.
Bruit aérien ou bruit d’impact
Les voix, la musique et la télévision sont des bruits aériens. Ils voyagent dans l’air, font vibrer la paroi et passent par ses points faibles, une porte ou un conduit. Les basses traversent les murs plus facilement, rappelle l’État de Genève dans sa brochure sur le bruit de voisinage.
Les pas ou une chaise qu’on traîne produisent des bruits d’impact. Le choc frappe directement la structure, qui le transmet par le plancher et par les murs qui s’y appuient.
Ce tri ouvre tout diagnostic. À Genève, Class Orga, qui réalise l’isolation phonique d’un logement comme celle d’un bureau, commence toujours par identifier les sources sonores, analyser la structure existante (murs, sols, plafonds, menuiseries) et mesurer les performances actuelles, avant de choisir une intervention.
Les points faibles d’un immeuble ancien
Le plancher en bois arrive en tête, souvent très perméable au bruit selon la brochure genevoise. La situation se dégrade quand le voisin du dessus remplace sa moquette par un parquet ou un carrelage. Pour ce genre de pose, le Centre d’information sur le bruit (CidB) juge parfois indispensable une sous-couche isolante, voire une chape flottante.
Viennent ensuite les gaines et colonnes qui traversent les étages (descentes d’eau, conduits de ventilation) et relient les logements entre eux. Les fenêtres anciennes, enfin, laissent entrer les bruits de la cour.
Les travaux possibles dans son logement
Quatre interventions agissent sur le bruit qui vient des voisins ou qui part vers eux :
- un doublage du mur mitoyen, sur ossature indépendante avec un isolant fibreux, contre les bruits aériens ;
- un plafond suspendu sur des suspentes antivibratiles, qui atténue les voix de l’étage et une partie des pas ;
- une sous-couche résiliente ou une chape flottante sous son propre sol, qui protège surtout le voisin du dessous ;
- le traitement des passages de gaines et de la porte palière, par où le bruit contourne les parois traitées.
Chaque couche prend quelques centimètres sur la pièce, et l’ensemble ne vaut que par sa continuité. Un doublage arrêté sous un plafond resté nu laisse filer le son par le haut.
Quand l’isolation ne suffit pas
Les bruits de pas se traitent d’abord chez celui qui les produit. Selon la brochure genevoise, les solutions les plus simples se trouvent du côté de la source, et isoler les cloisons des logements voisins n’apporte que rarement un remède satisfaisant. Il arrive même qu’aucune solution technique satisfaisante n’existe.
L’âge de l’immeuble n’excuse pas pour autant le voisin bruyant. Le CidB cite un arrêt de la cour d’appel de Paris de 1997, selon lequel l’ancienneté d’un immeuble et son absence d’insonorisation ne justifient pas les bruits de talons ou de meubles déplacés. À Genève, l’État rappelle que lorsque le bruit dépend d’un comportement, c’est à la personne qui en est à l’origine de prendre ses précautions. Des patins de feutre sous les chaises, que la même brochure juge très efficaces, règlent bien des raclements sans aucun chantier.
Ce qui dépend de la copropriété ou du propriétaire
Les planchers porteurs, les murs de structure et les colonnes qui desservent tout l’immeuble posent une question de propriété. En France, c’est le règlement de copropriété qui désigne les parties communes et privatives. En Suisse, le Code civil interdit de réserver à un seul propriétaire d’une PPE (la propriété par étages, équivalent de la copropriété) les parties importantes pour la solidité du bâtiment, celles qui en déterminent l’aspect extérieur et les installations qui servent aussi aux autres. Avant de changer ses fenêtres ou de toucher à une colonne, on vérifie donc ces textes.
Le locataire, lui, demande l’accord écrit du propriétaire. En France, les gros travaux de transformation l’exigent, et en Suisse le Code des obligations l’impose pour toute rénovation ou modification. À Genève, la demande passe par le propriétaire ou par sa régie, la société qui gère l’immeuble pour son compte.
Le droit suisse ajoute une nuance. L’ordonnance fédérale sur la protection contre le bruit exige des bâtiments neufs une isolation entre logements conforme aux règles reconnues de la construction, que l’État de Genève rattache à la norme SIA 181, et l’étend aux parois, plafonds et portes de séparation que l’on transforme ou remplace. Un plancher entre deux logements refait aujourd’hui doit donc en principe y répondre, sauf allègement accordé par l’autorité. Autant le savoir avant de signer le devis.




