la HABANA

 Arrivé de nuit, je n'ai rien vu de cette ville, sinon de pâles lumières. En ouvrant les volets de ma chambre de l'hôtel Inglaterra, ce premier matin, les sculptures du théatre Garcia Lorca qui me font face me laissent songeur: ce voyage qui débute sera-t-il porté plutôt par l'histoire, l'art ou la sensualité?

 Au rez de chaussée de l'hôtel, le café "Le Louvre". J'y prends mon dernier petit noir, sur la terrasse, ici même où à la fin du 19e siècle se réunissaient les intellectuels et révolutionnaires qui rêvaient de se débarrasser de la présence espagnole. J'ai rendez-vous avec Flavio, mon contact dans cette ville, et j'observe ce qui m'entoure. Un petit muret sépare la rue agitée de la terrasse réservée aux touristes (j'en suis) et interdite aux locaux. Derrière le muret, une vieille dame tend la main, les gardiens de l'hôtel lui font signe de passer son chemin, elle insiste, nécessité fait loi, je l'encourage en lui donnant une pièce, ils finissent par se lasser, elle a le dernier mot.

Deux jeunes filles passent nonchalament, seins vers l'avant et fesses rebondies. Puis repassent. L'une s'aperçoit que je la mate, elle sourit, n'etait-ce pas ce qu'elles cherchaient? Au troisième passage, nous échangeons des regards de feu, jeu. Vais-je me lever et les rejoindre ou bien attendre un nouveau passage?

Flavio arrive, plus d'une heure de retard, le temps est ici différent, faudra que je dérègle ma pendule. Nous traversons le parc et nous engageons dans les petites rues de Habana Vieja, dans le flot tranquille des piétons, des vélos et des bicy-taxis.

   
rues animées, ville vivante dans ses vestiges, chaleur, et quelques placettes pour se reposer

la cathédrale 

 
 
 et les belles façades classiques ou baroques qui bordent l'avenue du Prado, derrière lesquelles s'entassent des familles

J'ai pris quelques photos, je ne suis pas pressé, je vais rester quelques jours ici, avant d'incliner mon voyage vers davantage de rustique et ruralité. Mais au deuxième matin, mon appareil photo ne veut plus rien savoir, irrémédiablement bloqué. Je ferai sans et l'on devra s'en contenter.

La Havane, j'ai parcouru tes rues avec tout ce qui se déplace, et surtout à pied: la ville historique touristique animée et poisseuse, accompagné de la musique qui sort des cafés et des appartements, où l'on ne sait qui aura le dernier mot, de la décrépitude ou des tentatives de rénovation en attente de matériaux; l'avenue du Prado qui mène du Capitole à la mer, zone floue entre l'artifice et la réalité; la barrière du Malecon où se brisent les vagues les jours de vent en envoyant leur écume sur la chaussée; Centro Habana aux rues défoncées, aux maisons déglinguées et aux longues queues devant, devant quoi je ne sais; le Vedado, ancien quartier de luxe et de débauche avec sa tour minaret sur la place de la révolution et le cimetière Colon; et même la cinquième avenue de Miramar, quartier résidentiel d'hôtels et d'ambassades. J'ai admiré les peinture de Wiffredo Lam au musée des beaux arts et me suis reposé devant les "murals" et les baignoires peintes de Salvador Escalona, sué dans le bruit et les bus bondés, boudé les vendeurs de cigares à la sauvette et les filles peu vêtues, jusqu'à ce que cette ville colle ma peau et que je n'ai plus qu'une obsession: fuir au plus loin, à l'extrème bout de cette île en longueur, reposer ma tête.