Dômes des villes, dômes des champs 

 Dès les premiers temps de son histoire, et avant même qu'il n'ait construit des formes qui aujourd'hui nous paraissent plus simples et plus faciles à ériger, l'homme a réalisé ses abris sous forme de dôme.Cette ingéniosité technique a pu être guidée par ses structures mentales et sa pensée mythologique.  Question technique, lorsque l'on ne dispose que d'outils rudimentaires et des matériaux de l'environnement, matériaux de faible taille ou de faible rigidité propre, le dôme est la formequi conduit à des bâtiments des plus rigides. Dômes issus du sol ou coupoles posées sur des murs, on les rencontre sur tous les continents et dans tous les climats, construits souvent avec un seul matériau.

 Dans le grand Nord, c'est l'igloo des Inuits, un assemblage de blocs de neige dure.

 
 Dans les zones où le calcaire affleure et se délite en plaques, ce sont les bories et gariotes de France avec leurs voûtes en encorbellement, ou encore les trullis du sud de l'Italie de forme plus conique.

 
 Dans les régions désertiques, les dômes de briques de terre crue (Tunisie, Egypte, Iran, ) ou de blocs de gypse (Sahara),

 
 et la yourte pour les nomades d'Asie centrale.

 
  Dans des zones plus végétalisées, des dômes de branches, de tiges de graminées, de roseaux, On pourra remarquer que les modèles en terre, pierre ou neige sont stabilisés par leur masse alors que la rigidité des autres est due à leur structure. L'adaptation du dôme aux conditions les plus extrêmes est encore vraie aujourd'hui : la base scientifique appelée dôme C, au cur de l'Antarctique, à plus de 1000 km des côtes et à 3200 m d'altitude est constituée de dômes, et ces formes sont encore envisagées pour de futures bases sur la lune ou d'autres planètes.  Mais le dôme n'est pas seulement une technique. Il est en fait la matérialisation architecturale d'une vision cosmologique et d'un archétype mental,la sphère ou le cercle, que l'on retrouve comme élément central de la culture de nombreux peuples premiers. On peut rappeler les paroles du Sioux Tahca Ushte (Elan Noir) : « Vous avez remarqué que chaque chose qu'un Indien fait, se fait dans un cercle, c'est parce que le Pouvoir du Monde traverse toujours des cercles, et toute chose essaie d'être ronde Le ciel est rond, j'ai entendu dire que la terre est ronde comme une balle, et qu'il en va de même pour les étoiles. Le vent le plus puissant, tourbillonne. Les oiseaux font leurs nids en cercles, car ils ont la même religion que nous ». Le cercle chez ces peuples n'est pas tout à fait celui de la culture gréco-romaines, une figure abstraite et intellectualisée, mais le cercle pas forcément parfait qui se rencontre dans la nature environnante.

 
 
Examinons par exemple le dôme Zoulou, une construction très élaborée. Que ce soit pour le dôme lui-même comme habitation (iQhugwane), ou pour l'ensemble des dômes d'une famille élargie répartis en cercle autour de l'enclos circulaire du bétail , le tout entouré d'un cercle protecteur du branchages, ou encore pour les vastes camps militaires où résidait le roi dans sa hutte dôme (de taille plus grande) avec le logis des armées réparti en cercle, toute cette organisation exprime le cercle. Et si dans une forme de dôme aucun endroit de l'espace n'est théoriquement privilégié, en fait dès que l'on place une porte, petite et basse chez les Zoulous pour des raisons défensives et pour marquer son humilité d'être, orientée vers le centre du campement, l'espace interne est structuré : le foyer au centre, la partie gauche en entrant le côté femelle, la droite le male, et tout à l'arrière face à la porte la place la plus sacrée qui reçoit les biens les plus précieux et où veillent les ancêtres. La construction du dôme était également ritualisée et ses matériaux choisis autant pour leur valeur spirituelle que pour leur résistance.


Voilà ce que l'on pourrait appeler les dômes des champs, de petits volumes dispersés dans la nature, construits à la taille de l'homme ou de sa famille, et à celle des matériaux disponibles. Aussi quand une civilisation organisée a voulu construire plus grand, des espaces communautaires, des dômes des villes, elle s'est inspirée de ces petites constructions, à la fois de leur forme et de leur contenu symbolique, enfermer ou couvrir ce qu'elle avait de plus sacré. Restait cependant à inventer d'autres techniques de construction,et cela n'a pas toujours été facile.Si les dômes des champs se perdent dans la préhistoire de l'humanité, les dômes des villes ont eux une histoire ponctuée d'événements remarquables et datés. Parlons de quelques moments de cette histoire.

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