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L'Ariège ayant vu un fort apport de nouvelles populations - non encore tari - ce petit habitat que l'on rencontre dispersé dans les zones de montagne ou de collines est-il devenu un modèle d'architecture néo vernaculaire?

La yourte ariégeoise

On l'appelle yourte car c'est ainsi que la nomment ses habitants constructeurs et leurs voisins, bien qu'elle présente des différences par rapport au modèle traditionnel d'Asie centrale, et d'abord parce qu'elle n'est pas démontable et transportable mais fixe et sédentaire.
C'est une petite construction avec des parois verticales peu élevées entourant un espace circulaire. Des perches issues du sommet des murs rayonnent en cône et se rejoignent au faîtage.
Elle adopte donc la forme de la yourte et une technique de structure similaire et se décline en quelques variantes qui diffèrent par les matériaux utilisés.

Une yourte raffinée

Un tressage de noisetiers sauvages - abondants en moyenne montagne - relie les piquets et perches principales et ferme l'espace.
L'étanchéité du toit est réalisée grace à des lits de fagots de fougère qui se recouvrent.
Les murs recevront un torchis de terre.

Malheureusement, la fougère n'a pas une grande longévité (5 ans maximum) et les yourtes finissent vite par être recouvertes d'une bâche.
Bien que la fougère aigle soit abondante - elle a colonisé la plupart des anciennes prairies - la récolter, transporter et mettre en oeuvre pour couvrir un toit est assez fastidieux et n'est pas fréquemment renouvelé.

Comme dans la yourte mongole, le chauffage se fait au centre avec sortie des fumées au point le plus haut.

Ambiance intérieure
Dans cette yourte les murs sont en bottes de paille et sur le toit des rouleaux de bruyère intérieur et extérieur masquent une bâche plastique
Celle-ci couverte de fougères est aménagée avec des mezzannines
Petite hutte couverte de chaume dans la soulane

La yourte ariégeoise est plutôt un habitat temporaire (pour plusieurs années au besoin) qui permet de s'installer rapidement dans un lieu, de se confronter au climat, de réfléchir à son avenir et, si l'on a trouvé un équilibre et que l'on choisit de rester, de penser à une construction plus définitive. Voila pourquoi elles sont peu entretenues par la suite.

Si la yourte doit servir de débarras, ou d'atelier, elle sera couverte d'une bâche, sinon ses jours sont comptés.
yourte a l'abandon
Comme pour celle-ci qui sera probablement brulée.
La yourte ariégeoise est donc un habitat premier au sens propre, le premier que l'on habite en s'installant sur un territoire. Mais aussi une architecture première, au sens d'art premier - ce que la civilisation occidentale qualifiait auparavent de primitif, sauvage, pas évolué, avant de se rendre compte (s'en est-elle bien rendu compte?) qu'en matière de développement durable elle n'avait pas de leçon à donner à ces peuples premiers mais beaucoup à en apprendre.
Habitat utilisant au mieux les matériaux renouvelables de l'environnement -taillez le noisetier et il répond par des rejets- il faudra couper la fougère plusieurs fois l'an durant des années pour espérer la faire reculer- la yourte est fraîche en été et facile à chauffer en hiver, adaptée aux besoins physiques mais aussi psychologiques de ses occupants.
On rencontre aussi en Couserans cette même technique de vannerie avec quelques variantes de forme: arrondie et désignée comme igloo, ou avec les perches partant du sol et nommée tipi.
Selon les régions le noisetier pourra être remplacé par du saule, de l'osier, la fougère par du genêt ou de la bruyère moins dégradables.
En fait on rencontre ce modèle de hutte au toit conique dans tous les continents avec utilisation des végétaux locaux. Et sa présence ici est un témoignage de l'unité de l'intelligence humaine constructive et d'une fraternité planétaire.

On pourra remarquer aussi l'importance des vitrages qui font de ce petit lieu un espace de la nature, ainsi que le débord de toiture (nous ne sommes pas dans les steppes arides).


Question: mais que construisent donc les habitants lorsqu'ils quittent la yourte?
Réponse: une maison qui lui ressemble étrangement, comme forme, comme technique de construction et comme organisation de l'espace
Certes plus grand, plus costaud, avec un premier niveau espace unique et un étage, et une proportion de vitrage équivalente. Le plan n'est plus circulaire mais octogonal, les piquets ont été remplacés par des tronc d'arbre, les perches par des poutres qui rayonnent, le torchis par du béton de chanvre ou du bardage, la fougère par de l'ardoise.
maison ronde charpente rayonnante
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